Le saviez-vous ?

Les marques de tâcheron à Notre-Dame de Boulogne la Petite

17/9/2025
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4 minutes

Les mystérieuses signatures cachées dans les pierres de Notre-Dame de Boulogne la Petite

Les mystérieuses marques des tailleurs de pierre

En s’approchant des murs du chœur de l’église, l’œil attentif distingue de curieux signes gravés sur certaines pierres. Ces signes lapidaires, appelés aussi marques de tâcheron, étaient utilisés par les tailleurs de pierre pour signer leur travail.

Chaque artisan possédait sa propre marque, qui servait de véritable signature et permettait de calculer sa rémunération hebdomadaire — les tailleurs étant alors payés à la tâche. Ces marques pouvaient aussi représenter l’appartenance à un groupe de tailleurs.

Une signature médiévale gravée dans la pierre

Sur la chapelle initiale, correspondant au chœur actuel, plus de 400 marques ont été repérées. Vingt marques distinctes ont été identifiées : l’artisan qui signait d’un « + » aurait taillé à lui seul un tiers des pierres. Avec ceux qui utilisaient « II » et « Δ », on atteint déjà la moitié de la production.

Dans certains cas (environ 10 %), deux marques apparaissent sur une même pierre. S’agit-il d’une modification par un autre tailleur, ou d’un travail partagé ? Le mystère demeure. Autre détail : seules une pierre sur cinq porte une marque, probablement parce qu’une pierre au sol présentait cinq faces possibles pour y apposer un signe.

La fin des marques de tâcheron

Au milieu du XIIIᵉ siècle, Étienne Boileau, premier prévôt de Paris nommé par Saint Louis, publie le célèbre Livre des métiers. Ce texte encadre les corporations et modifie les règles du travail : désormais, le salaire est fixé par journées de compagnon et d’aide, et le nombre d’apprentis est limité.

À partir de ce moment, les marques de tâcheron disparaissent progressivement dans le domaine royal. Toutefois, le village des Menus-lès-Saint-Cloud, où fut bâtie la chapelle initiale (1320–1330), n’étant pas rattaché à Paris, ces pratiques perdurèrent plus d'un siècle. Elles cessèrent en revanche lors de la construction de la nef, après la voûte du chœur vers 1370.

Des signes à ne pas confondre

Il ne faut pas confondre ces marques identitaires avec les signes conventionnels servant aux maçons. Ces derniers, souvent dissimulés dans la maçonnerie, indiquaient l’ordre ou le sens de pose des pierres. Ils apparaissent sous forme de petites équerres, croix ou flèches, parfois à peine visibles. Quant aux trous parfois repérés sur les blocs, ils servaient aux griffes de levage.

Une science discrète mais passionnante

L’étude de ces marques relève d’une discipline particulière : la glyptographie. Elle permet de mieux comprendre l’organisation des chantiers médiévaux et le savoir-faire de ceux qui ont bâti nos églises.

Une empreinte des bâtisseurs

Ces signes gravés dans la pierre sont bien plus que de simples marques techniques : ils témoignent du travail, de l’identité et parfois même de la fierté des artisans qui ont façonné l’église. Invisibles pour beaucoup, ils invitent aujourd’hui le visiteur curieux à lever les yeux et à redécouvrir le langage secret des bâtisseurs du Moyen Âge.

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