Eugène Millet et la renaissance de Notre-Dame de Boulogne-Billancourt (1860 - 1864)


En 1860, Notre-Dame de Boulogne-Billancourt n’est pas tout à fait l’église que l’on connaît aujourd’hui. L’édifice a souffert des destructions révolutionnaires, du manque d’entretien et des transformations accumulées au fil du temps. C’est dans ce contexte qu’Eugène Millet, élève et collaborateur de Viollet-le-Duc, engage une restauration profonde qui va bien au-delà d’une simple réparation.
Son ambition est claire : redonner à l’église une lecture gothique cohérente, en supprimant ce qui l’encombre et en recréant ce qui lui manque. Entre 1860 et 1864, le chantier transforme à la fois le monument et sa silhouette dans la ville.
Un monument fragilisé
Au début des années 1860, l’église est dans un état préoccupant. Les vitraux ont été abîmés, les statues extérieures ont disparu, et le bâtiment a même servi de grenier à fourrage. Des réparations ponctuelles avaient bien eu lieu, mais elles ne suffisent plus. Il faut désormais une intervention d’ensemble.
Le contexte urbain joue aussi un rôle. Boulogne se transforme, la rue de Longchamp doit être élargie et alignée, et plusieurs bâtiments annexes deviennent incompatibles avec cette nouvelle organisation. La restauration de l’église se confond alors avec une réorganisation du quartier.
Débarrasser pour reconstruire

Le premier geste de Millet consiste à faire place nette. Plusieurs ajouts devenus encombrants sont supprimés : le presbytère en saillie sur la rue, les bâtiments scolaires, les chapelles latérales, les porches anciens, la sacristie voûtée, l’ancienne chambre de l’horloge, et divers petits volumes qui brouillaient la lecture de l’ensemble.
Ce choix peut surprendre aujourd’hui, mais il correspond à une logique très présente au XIXe siècle : restaurer, c’est aussi dégager le monument pour mieux retrouver son unité. Millet ne cherche pas à conserver chaque ajout du passé ; il hiérarchise, sélectionne et réorganise.
Recomposer l’église

Une fois l’édifice dégagé, la restauration devient plus ambitieuse encore. Millet fait construire deux bras de transept à la place des anciennes chapelles. Il ajoute une travée pour prolonger l’église et organiser une nouvelle entrée. Le porche Renaissance disparaît au profit d’un porche plus sobre à l’ouest.
Dans le même mouvement, le clocher est renforcé pour recevoir une flèche. Cette flèche, dessinée par Millet et réalisée par les ateliers Monduit, devient l’un des signes les plus spectaculaires de la restauration. Avec sa croix et son coq, elle donne à l’église une verticalité nouvelle, très visible dans le paysage boulonnais.
Le goût du gothique flamboyant
Millet appartient à cette génération d’architectes qui considèrent le Moyen Âge comme un idéal à retrouver. Son projet ne vise pas une restauration discrète. Il s’inscrit dans une esthétique forte, marquée par le gothique flamboyant : galeries, balustrades, flèche élancée, silhouette plus expressive.
L’église restaurée n’est donc pas seulement remise en état. Elle est interprétée. Millet lui donne une nouvelle cohérence visuelle, tout en affirmant une lecture du passé propre au XIXe siècle. C’est ce qui rend son intervention aussi intéressante aujourd’hui.
Une église et une ville en mutation
La restauration de Notre-Dame de Boulogne-Billancourt ne peut pas se lire isolément. Elle accompagne les transformations de la ville sous le Second Empire. L’élargissement de la rue de Longchamp, la disparition du vieux presbytère, la réorganisation des abords : tout cela montre qu’un monument religieux peut aussi devenir un acteur de l’urbanisme.
C’est là l’un des aspects les plus passionnants du chantier. En restaurant l’église, Millet ne fait pas seulement œuvre patrimoniale. Il participe aussi à la mise en scène d’une ville en modernisation.
Ce qu’il faut retenir
La restauration menée entre 1860 et 1864 est une opération majeure. Elle supprime des volumes jugés parasites, reconstruit des parties essentielles, réorganise l’entrée de l’église et lui donne une silhouette plus haute, plus lisible et plus monumentale.


















