Histoire

L'histoire illustrée de la basilique Notre-Dame des Menus

5/6/2025
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Histoire illustrée

Boulogne-sur-Mer en l’an 633

Au Moyen Âge, le pèlerinage de Notre-Dame nautonière à Boulogne-sur-Mer était l'un des plus anciens consacrés à la Vierge Marie puisque la tradition affirmait qu'il datait de l'an 633, « sous le règne du roi Dagobert ». On racontait qu'un jour où « le peuple était assemblé pour la prière dans une chapelle de la ville haute », la Vierge leur apparut et « les avertit qu'un vaisseau paraissait à leur rade, qui contenait son image ». Descendus au port, les Boulonnais virent qu’un « grand calme régnait sur la mer » et qu'une « brillante lumière couvrait le vaisseau qui abordait sur le rivage ». Un « vaisseau sans rames et sans matelots » où on trouva « une image de la Sainte Vierge faite de bois en relief, d'environ 3 pieds et demi de hauteur, tenant l'enfant Jésus sur son bras gauche ». À part ce détail, on ne sait rien de cette statue qui disparut pendant la Révolution ainsi que l'imposante basilique puis cathédrale qui l'abritait, rasée en 1798.

1304 : le Roi Philippe le Bel manque d’être tué par les Flamands à la bataille de Mons-en-Pévèle

Mons-en-Pévèle, situé à la limite entre la Flandre et le domaine royal de Philippe le Bel (en bleu).

En ce temps-là, le roi de France avait encore pour vassal le comte de Flandre et le royaume de France s'étendait donc théoriquement jusqu'à Anvers, Bruges et Gand. Très théoriquement car le comte de Flandre, qui voulait être maître chez lui, s'allia pour cela avec le roi d'Angleterre. Un mariage fut même projeté entre la fille du comte et le fils du roi (le futur Édouard II), ce qui suscita une offensive militaire du roi de France Philippe le Bel. La Flandre fut occupée, le comte emprisonné.

Si les bourgeois des riches villes flamandes n'y voyaient rien à redire, le peuple était lui d'un avis contraire et se révolta en 1302 en tuant les représentants du roi à Bruges. D'où une nouvelle offensive royale mais qui ne rencontra pas le même succès maintenant que la Flandre était aux mains de milices urbaines.

L'armée du roi subit d'abord une lourde défaite à Courtrai. Et, deux ans plus tard, c'est de justesse que le roi l'emporta à Mons-en-Pévèle, près de Lille, après s'être retrouvé un moment encerclé par une troupe de Flamands qui furent très près de le tuer.

Le roi serait ensuite allé remercier la Vierge de Boulogne de lui avoir sauvé la vie

Le roi Philippe le Bel peut être content : il a sauvé l'honneur et même récupéré une petite partie de la Flandre avec Lille, Douai et Béthune. Il a surtout sauvé sa vie lors de cette bataille de Mons-en-Pévèle. Reconnaissant envers la Vierge à laquelle il aurait confié son sort à ce moment crucial, le roi serait ensuite allé la remercier dans la basilique voisine de Boulogne-sur-Mer.

Le Roi a alors quelques soucis avec l'Église : quelques mois auparavant, il a en effet envoyé son conseiller arrêter le pape Boniface VIII qui avait osé en 1302 proclamer sa supériorité sur les rois. Le pape a été giflé, arrêté et est mort un mois plus tard. Cette grave affaire va entraîner l'installation des papes en Avignon mais aussi accentuer l'autoritarisme du monarque.

Le roi revient à Boulogne-sur-Mer en 1308 marier sa fille Isabelle au roi d'Angleterre

Isabelle de France épouse Édouard II d'Angleterre

Dans cette atmosphère tendue, la cérémonie de janvier 1308 dans la basilique de Boulogne-sur-Mer a un petit parfum de revanche. Le comte de Flandre, désormais décédé, avait voulu marier sa fille à Édouard II d'Angleterre ?

C'est la fille de Philippe le Bel, Isabelle de France, qui épouse finalement le nouveau roi d'Outre-Manche. Sont présents le roi de France, mais aussi ses trois fils : les futurs rois Louis X le Hutin, Philippe V le Long et Charles IV le Bel. Ainsi que leur cousin Philippe de Valois qui accèdera au trône lorsque ces trois-là seront morts sans descendance masculine.

Cette accession déclenchera la Guerre de Cent ans puisque le fils d'Isabelle et Édouard II (le futur roi d'Angleterre Édouard III) débarquera alors avec son armée à Calais pour réclamer ses droits au trône de France.

Lors du mariage, Philippe le Bel offre à la basilique un reliquaire en vermeil doré et des ressources complémentaires qui vont permettre de construire un nouveau chœur plus adapté aux pèlerinages

Qui a eu l'idée d'un « pèlerinage raccourci » à la Vierge de Boulogne aux Menus, tout près de Paris?

Un sanctuaire qu'il avait visité après avoir failli être tué, un mariage qu'il avait savouré comme une revanche : le roi Philippe le Bel devait se souvenir du sanctuaire de Boulogne-sur-Mer dans les rudes temps de la fin de son règne. Il semble que ce soit lui qui ait poussé à la construction d'une église consacrée à cette Vierge mais plus proche de Paris. Il aurait ainsi chargé son garde des sceaux de « chercher dans la forêt de Rouvray, à coté des Menus de St-Cloud, non loin de l'abbaye de Longchamp un terrain propice à la construction d'une église dédiée à Notre-Dame, d'après le modèle de celle de Boulogne sur Mer ». Deux chartes de 1312 et 1313 attesteraient de ce dessein qu'il n'aurait pu réaliser, décédant subitement en 1314. Ce qui est certain, c'est qu'un groupe de bourgeois parisiens, dont certains haut placés dans l'administration royale, prend en charge ce projet. La proximité de l'abbaye de Longchamp semble jouer un rôle dans le choix final d'installer le lieu de culte de ce « pèlerinage raccourci » dans ce petit village voisin de Saint-Cloud, mais dépendant d'Auteuil, Les Menus.

1319 : Philippe V le Long fonde la confrérie de Notre-Dame de Boulogne dont l'église sera construite aux Menus, tout près de sa chère fille, placée à l'abbaye de Longchamp

« Nous concédons donc par les présentes à nos bien-aimés les citoyens de Paris...», fait écrire le roi un jour de février 1319. Les citoyens se proposent « de faire bâtir pour la gloire de Dieu et l'honneur de la glorieuse Vierge » de Boulogne-sur-Mer « une église dans le village des Menus, près de Saint-Cloud », et d'y « ériger une confrérie ». Le roi les y autorise et peut-être a-t-il aidé au choix : le village des Menus est voisin de l'abbaye royale de Longchamp, un monastère de religieuses franciscaines fondé en 1260 par la soeur de Saint Louis. Or on sait qu'à la même période, Philippe V (l'un des trois fils de Philippe le Bel) mène sa quatrième fille Blanche s'installer dans ce monastère pour y devenir religieuse.

L'enfant n'a que 6 ans au plus (rien d'exceptionnel à l'époque) mais la raison de ce placement précoce pourrait être liée à l'affaire de la Tour de Nesle à l'occasion de laquelle les deux belles-soeurs du futur Philippe V avaient été convaincues de mauvaise conduite. En rentrant au monastère, la petite Blanche permettait à son père et surtout à sa mère Jeanne de Bourgogne, elle aussi un temps arrêtée et inquiétée pour connivence avec ses soeurs, d'afficher leur piété. Les deux parents semblent en avoir eu comme un remord: la mère demanda des dispenses pour voir plus souvent sa fille, le père finit par s'installer sur place et y mourut en 1322.

1320 : l'abbesse de Montmartre donne le terrain pour la construction de l'église et rebaptise Boulogne-sur-Seine le village des Menus

Peu de temps après, en 1320, l'abbesse de Montmartre Jeanne de Repenti rédige une charte. Elle y écrit que sa puissante abbaye possède une « place vide contenant 5 arpents de terre ou environ » avec une « chapelle en bois » au village des Menus. Et que les habitants de ce village lui ont depuis longtemps demandé de bâtir une église paroissiale car ils n'en ont pas à part celle du « village d'Auteuil », ce qui fait que « les hommes et les femmes, tant jeunes qu'âgés, meurent et peuvent mourir sans avoir reçu les sacrements, plusieurs sans confession, les enfants sans recevoir le baptême et les femmes en couches sans messe ni confession après leur enfantement ».

À la fin de la description de ces « justes supplications » l'abbesse mentionne une seconde demande, celle des bourgeois de Paris, « nos bien aimés Gérard de la Croix, garde des sceaux du Châtelet de Paris, Jean son frèle et leurs amis, de la confrérie de Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer, qui ont l'intention de bâtir la dite église ». Demande aussitôt agréée puisqu'elle est soutenue par le roi. L'abbesse décide enfin d'un changement important pour notre ville : «  En l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie » à laquelle sera consacrée la nouvelle église, « le village des Menus sera désormais appelé Boulogne-sur-Seine ».

Conséquence du don de l'abbesse en 1320, la nouvelle paroisse de « Boulogne la Petite » sera créée en 1330, comprenant le village des Menus et l'abbaye de Longchamp mais non la ferme de Billancourt qui reste dans la paroisse d'Auteuil.

Philippe V, qui réside à l'abbaye de Longchamp, vient assister au début du chantier de l'église

On ne sait pas quand fut démarré le chantier de l'église de la nouvelle confrérie de Notre-Dame de Boulogne, sans doute très vite après les deux chartes de Philippe V et de l'abbesse de Montmartre, peut-être lors d'une cérémonie en présence du roi, venu de l'abbaye de Longchamp où il résidait à la fin de sa vie. En mai 1326, « les bourgeois de Paris, confrères de la confrérie de la bienheureuse Marie de Boulogne » disent qu'ils « ont fait construire une église paroissiale aux Menus, près de Longchamp, entre Saint-Cloud et le bois » et demandent, «  pour sa dotation et son entretien, et pour l'entretien du curé qui y sera établi » quelque ressource au roi Charles IV le Bel, qui a succédé à son frère Philippe V, mort sans fils en 1322. Le roi leur répond que, « pour le remède de notre âme, de celle de nos parents et de nos frères Louis et Philippe, rois de France », il leur accorde « 30 livres parisis de rente annuelle et perpétuelle ».

1330 première messe et naissance de la paroisse de « Boulogne la petite », séparée d'Auteuil

Avant de pouvoir célébrer la messe dans la nouvelle église, il fallut s'accorder avec la paroisse d'Auteuil dont dépendait jusque là le village. Pour cela, il y eut transaction en 1328 avec l'église de Saint-Germain l'Auxerrois à Paris qui patronnait un certain nombre de paroisses entre Paris et Saint-Cloud, dont celle d'Auteuil. Saint-Germain l'Auxerrois accepta l'indépendance mais à une condition : une rente annuelle de 7 livres par an « à payer à perpétuité au curé d'Auteuil » par la nouvelle paroisse et qui fut effectivement payée jusqu'à la Révolution. Par bulle du 13 août 1329, le pape Jean XXII demanda quant à lui à l'évêque de Paris Hugues de Besançon d'ériger Les Menus en paroisse distincte sous le vocable de Notre-Dame de Boulogne la Petite. L'évêque put ainsi venir le dimanche 1er juillet 1330 bénir l'église, célébrer la première messe, installer le premier curé et délimiter officiellement par une charte signée le même jour le territoire de la nouvelle paroisse, séparée d'Auteuil.

Entre les 14ème et 15ème siècles, la Guerre de Cent ans ralentit le chantier de l'église...

Si l'église Notre-Dame, pourtant si bien pourvue dès sa fondation en patronnages et protections de haut rang, met si longtemps à être achevée, c'est que le royaume, et ses dirigeants, connaissent alors des difficultés. À commencer par le roi Philippe VI de Valois, présent lors de la première messe, et qui est sévèrement battu par les Anglais à la bataille de Crécy en 1346, juste avant le déclenchement de la Grande Peste en 1349. Son fils Jean Il est lui fait prisonnier après la bataille de Poitiers en 1356. A sa libération en 1360, pour remercier la Vierge, il donne à l'église un navire d'argent doré avec la statue de Notre-Dame et deux anges qui figurera désormais sur l'autel. Entre temps, les Anglais sont arrivés jusqu'à Paris et, lors de la terrible année 1358 (révolte d'Étienne Marcel, Grande Jacquerie), des combats ont même lieu dans le bois. Le très ancien pont fortifié de Saint-Cloud, déterminant pour contrôler les abords de Paris, est plusieurs fois pris et repris par les différentes factions (Armagnacs, Bourguignons, Anglais) entre 1411 et 1440.

...mais fait venir de grandes foules en pèlerinage

Même inachevée, Notre-Dame de Boulogne est très vite connue comme une église « où se fait un grand concours de fidèles, à cause des grâces singulières qu'on y reçoit »  et « où, par l'intercession de la Mère de Dieu, beaucoup de miracles s'opèrent journellement et où l'on voit un grand concours de peuple pieux » (comme le spécifie la bulle du pape Clément VII d'Avignon en 1389). En ces temps troublés, le souvenir du pèlerinage de 1412 à l'occasion duquel « plusieurs paroisses de Paris, accompagnées de très grand peuple d'église et de commun » se rendirent « tous nud-pieds » à « Boulogne la Petite »  reste marquant.

De même que celui de 1429 (l'année où Jeanne d'Arc vient assiéger Paris) où un franciscain, le frère Richard, « prêcha si éloquemment sur les vanités du monde aux Parisiens venus à Boulogne que les fidèles, sortis de l'église, se répandirent dans les auberges et les hôtels de Boulogne et de Paris, s'emparèrent des cartes, jeux, boules et billards, y mirent le feu et en firent un immense brasier dans lequel les femmes jetèrent à qui mieux mieux leurs parures, leurs bijoux et leurs diamants ».

1469 : la consécration de l'église

Les travaux avaient dû malgré tout continuer en fonction des périodes de paix et des revenus issus des pèlerinages. Une quinzaine d'années après les dernières batailles franco-anglaises de la Guerre de Cent ans, l'évêque de Paris Guillaume Chartier vient, le dimanche 9 juillet 1469, consacrer l'église. Celle-ci est sans doute à peu près terminée, c'est à dire composée d'une nef, de deux chapelles en guise de transept et d'une façade.

À peu près, puisqu'en 1474, Louis XI donne à l'église « la pierre de rupture du pont de Saint-Cloud, qui empêchait le cours de l'eau du fleuve » pour être employée à la construction de la croisée, signe sans doute qu'on s'occupait alors encore du clocher. Le dernier ajout architectural d'importance fut le porche sud édifié à la fin du 16° siècle (qui sera détruit lors de la restauration du 19e).

À suivre...

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